- une histoire qui commence -
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Après tous mes livres, je me précipite vers la salle d'étude, mon sac trop lourd sur les épaules. Je parcours la salle des yeux sans trouver Noémie. Ne me dis pas que..! Elle devait m'attendre pour que je l'aide dans ses révisions pour nos prochains examens. Je soupire de frustration. Evidemment, elle n'est pas là. D'un geste furieux, je sors mon téléphone et l'appelle.

- Mais où es tu bon sang ?! Je lâche sans trop hausser la voix, sous la raccroche.

- Oh mince Anna! S'écrie-t-elle. Je ne peux pas venir maintenant...enfin, pas ce soir.

- Tu te fous de moi là ?! Je m'exclame. J'ai parcouru la moitié de Paris, à vélo, pour venir dans cette foutue médiathèque et tu me dis ça maintenant ?

- Je suis vraiment désolée...C'est Caleb qui m'a demandé de le rejoindre au restaurant pour...

Je n'écoute même pas la fin de sa phrase et lui raccroche au nez. Ce n'est même pas la première fois qu'elle me fait le coup. Je ferme les yeux et intériorise ma colère bien profonde pour éviter de hurler comme une folle furieuse. Je m'installe sur la première place que je trouve, en face d'un gars qui s'est endormi sur ses cahiers. Encore un qui en a marre des cours... Je balance mon sac sur une chaise et contourne la table pour aller me prendre un verre d'eau. Celle-ci est beaucoup trop fraiche mais j'en ai vraiment besoin. Placée juste derrière le gars endormi, je jette un oeil sur ses notes. Ce sont des exercices de maths, niveau bac. Son écriture est hachurée et je ne comprend pas tous ces calculs. Son téléphone, à côté de ses bras, s'allume à cause de nombreux messages incessants. Je m ' apprête à retourner à ma place quand je cogne sur quelque chose. Un skate. Mon cœur bondit d'un coup. Je l'ai déjà vu quelque part.

- Hé mer** ! S'écrie soudain une voix trop proche.

Je me retourne lentement. Le garçon s'est redressé et se frotte le visage doucement. Ses cheveux sont noirs et courts et il a une peau lisse, claire qui ressemble à celle de mon petit frère quand il était petit. Il se retourne tout à coup vers moi, ces yeux clairs me dévisagent d'une façon bizarre.

- Qu'est ce que t'as à moi fixer comme ça ? Grogne-t-il.

Je fronce les sourcils.

- Rien, je répond d'un ton neutre. Il n'y a rien.

Je me racle la gorge. Il m'ignore complètement et prend le temps de lire ses messages. J'hésite.

- Tu ne me reconnais pas ? Je l'interpelle.

Il passe la main dans ses cheveux courts et se tourne une nouvelle fois vers moi, assis en tailleur sur sa chaise.

- Si, lâche-t-il après m'avoir vérifié pendant quelques instants, tu es la fille qui m'a percutée. Et donc ? Je dois sauter de joie ?

Garde ton calme, garde ton calme Anna.

- Non, je voulais simplement te dire "bonjour" par exemple, Adil. Bon, bah...bon courage pour tes exos de maths.

Je lui tourne le dos et me cogne une nouvelle fois sur son skate. Je grogne en moi frottant le genoux. Il pose sa main sur mon épaule et je me dégage vivement. Ses yeux verts me lancent des éclairs tandis que les miens doivent trahir ma frustration.

- Ne... refais jamais ça, je lui averti d'une voix saccadée.

Il relève le menton, comme pour moi défier et baisse ses yeux sur mon genoux.

- Tu t'appelles comment ?

Je suis surprise par ce brusque changement de ton ; sa voix parfaitement parfaitement calme et sereine. Je reste plusieurs secondes en face de lui à son regard.

- Anna, je murmure.

Il s'approche de moi et je recule d'un pas. Il me tend la main brusquement et sur sa bouche rose, l'ombre d'un sourire se dessine doucement. Je prend sa main prudemment, et la serre sans savoir à quoi m'attendre.

- On est quitte maintenant non ? Fait-il avec des yeux malicieux.

Je me détend et enlève ma main.

- Pourquoi ça ?

- J'sais pas trop j'veux juste pas paraître pour un conn***.

J'hausse les sourcils. Il enlève son skate de la chaise et le pose par terre. Puis il m'invite à s'assoir à côté de lui. Une fois installée avec mon sac sur les genoux, je reste immobile et le regarde relire ses exercices. Je me surprend même à le trouver mignon. Anna, on se calme hein !

- Anna ?

- Ouais, je lui répond encore dans le vague.

- Tu peux m'aider ?

Je pose mon sac sur la table et tire ma chaise. Il me montre un exercice sur une feuille et me demande de le lire. Je fronce les sourcils pour essayer de déchiffrer cette lecture cursive. Les lettres semblent rester sur place mais les chiffres s'emmêlent et se chevauchent. Il m'observe avec attention pendant que je parcours l'exercice. Après quelques minutes infernales, je repose la feuille et moi frotte les yeux. Il ne me dit rien, mais je sens bien qu'il se demande pourquoi avoir autant de temps à lire trois lignes et un tableau.

- C'est quoi ce chiffre ? Je lui demande en pointant du doigt un 6 ou un 9.

Il se penche sur la feuille, interloqué.

- Un 9.

- D'accord. Bon, écoute, je sais pas quelle formule tu utilise au lycée mais je vais t'expliquer comme je vois le truc ok ?

Il hoche la tête doucement, la tête posée sur sa main. Je me lance ensuite dans des explications farfelues de formule, théorème et racine carrés, me perdant parfois dans mes phrases. Il m'interrompe plusieurs fois, me questionnant sur telle ou telle a choisi pour mieux comprendre. J'essaye de lui faire comprendre des notions mathématiques le plus clairement possible en utilisant des exemples, des schémas ou encore des espèces de cartes mentales. Après un quart d'heure d'explication, il me dit qu'il a tout bien compris.

- T'es sûr ?

- Ouais c'est bon, insiste-t-il en s'umectant les lèvres, tu m'as bien expliqué.

Je me décale et regarde l'heure sur mon téléphone. 17h56. Il va bientôt falloir que je rentre si je veux bien réviser moi aussi. Sa main s'agite sur sa feuille et je ne prend même pas la peine de lire pour éviter de me donner une nouvelle migraine.

- D'ailleurs, continue Adil, t'es à l'université c'est ça ?

- Oui, je suis à ma première année de médecine.

Ses yeux brillent de surprise.

- Quoi ? Tu pensais que j'avais ton âge ?

- Oui, m'avoue-t-il tranquillement. Donc tu as 18 ans c'est ça ?

- Ouais.

Il hausse les sourcils et se remet dans la rédaction de son exercice. Je le regarde faire pendant quelques temps, avant de penser à rentrer. Je referme mon sac.

- Je vais y aller, j'ai de la route à faire.

Il me regarde et hoche la tête en signe de compréhension.

- Encore à vélo ?

- Toujours, je répond en souriant pour de bon.

Je me lève, lui fais un petit signe de la main et m'avance dans une allée pour sortir. Je contourne quelques personnes, le coeur serein. Je me sens vraiment bien. Soudain, j'entends mon nom, alors que je m'apprête à pousser la porte de la sortie. Adil s'avance rapidement vers moi, son stylo toujours à la main.

- Merci, me lance-t-il avec une voix neutre.

Je lui fais un clin d'œil et sors de la médiathèque, le coeur léger, le sourire aux lèvres.

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© Panda ,
книга «- Bipolaire Insensible -».
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