Une journée à Londres
Contre-la-montre
Le blanc n'est pas une couleur
Deux fleurs
Chute
La Demoiselle
Un oubli
Un sommeil lourd
Le monde de l'hiver
Gravure
Papa est méchant
La ville endormie
Ma chère fille
À toi que j'aime
La torture
Humiliation
La délivrance
Terrorisée
La Révolution
La beauté de l'aube
Doux réveil
La Demoiselle
  Cette journée du dix novembre, un fiacre allait à toute allure dans la neige. Il faut dire que l'hiver arrivait en avance : de gros flocons tombaient et la route devenait blanche. Les courageux chevaux grelottaient, du grive recouvrait leur splendide crinière. Les passagers tremblaient, il y avait trois hommes et une femme. L'un d'entre eux était âgé de vingt ans, il se prénommait William. Il accompagnait son père horloger et vivait aisément pour quelqu'un de sa simple caste. Les deux autres passagers, assis à côté d'eux, se nommaient Evy et Fabricio, ils avaient dix-neuf et quarante-deux ans, il accompagnait sa fille aux cheveux blonds comme le soleil et aux yeux bleus saphir, ils avaient toujours vécu parmis les nobles, les pupilles pétillantes de voir, chaque jour, la vie que le destin leur avait offert.

  Les quatres passagers claquaient des dents dans le fiacre noir et, quand la splendide Evy et son père Fabricio descendirent, elle posa son regard plein de sagesse et de beauté intérieure sur William. L'échange ne dura que quelques secondes mais le futur horloger sut, devant le regard azuré de la demoiselle, qu'il la reverrait un jour. Cela le remplit d'une intense bonne humeur, si bien qu'il conserva le sourire même quand son père s'exclama en rentrant : « Ah ! Je sens l'odeur d'un pot-au-feu qui sera délicieux ! », alors que le jeune homme haïssait ce plat, bien qu'il n'en disait rien pour ne pas vexer sa mère.

  Une année entière s'écoula sans que le jeune homme recroisa le regard pétillant de la noble du fiacre. Pourtant, sa famille et il lui furent conviés à un bal par pure chance et William reconnu tout de suite ces cheveux blonds et ces yeux saphir qui s'étaient présentés au bal. La douce Evy resplendissait dans sa merveilleuse robe rouge en soie d'Orient qui recouvrait une crinoline. La demoiselle était parée des bijoux les plus dorés et le doux parfum des roses printanières flottait autour d'elle.

  Ils dansèrent toute la nuit avec ivresse, d'une joie sans limite, elle, souriante et rayonnante, lui, respirant le parfum envoûtant et sous le charme de l'éclat étrange dans les yeux azurés d'Evy.
  À la fin du bal, la noble lui offrit un mouchoir de dentelle blanche et lui dit de se rendre demain quand le soleil sera au zénith aux Champs-Elysées.
« Tu me reverra là-bas et tu me rendra ce mouchoir. » conclut-elle de sa voix mélodieuse.
William accepta avec bonheur et amour. Il quitta la salle la main sur le cœur.

  Le lendemain, il se rendit au lieu du rendez-vous. Sa ponctualité l'étonnait lui-même, il avait prit l'habitude des contre-temps qui l'empêchaient d'arriver à l'heure. Il demanda à voir Evy. Tout le monde baissa la tête en évitant le regard émeraude de l'horloger.
« Que se passe-t-il ? questionna-t-il, inquiet.
-Voilà trois ans qu'Evy et ses parents sont décédés, avoua un homme avec tristesse et gêne.
-Désolé, mon garçon, dit un autre en rajustant son monocle. »

  William rentra chez lui, bouleversé. Il sortit le mouchoir de sa poche. Il était réel.
  Le jeune horloger resta très longtemps sans bouger à fixer le bout de tissu en laissant les larmes rouler sur ses joues.

  Plus loin, deux personnes descendaient d'un fiacre noir. Le vent hurlait et la neige tombait abondamment. Un homme fit descendre une demoiselle blonde aux yeux saphir et en robe rouge que le vent souleva, révélant d'inexistants pieds. L'homme et la femme s'enfoncèrent dans la tempête sans laisser d'empreintes dans la neige.
© Élodie ,
книга «Un regard de détresse - Recueil de nouvelles».
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