Une journée à Londres
Contre-la-montre
Le blanc n'est pas une couleur
Deux fleurs
Chute
La Demoiselle
Un oubli
Un sommeil lourd
Le monde de l'hiver
Gravure
Papa est méchant
La ville endormie
Ma chère fille
À toi que j'aime
La torture
Humiliation
La délivrance
Terrorisée
La Révolution
La beauté de l'aube
Doux réveil
Une journée à Londres
Le vent soufflait fort et les nuages noirs cachaient le rare soleil londonien, dont les rayons avaient abandonné toute percée dans l'orage imminent.
Sur un trottoir, une ombre avançait sans difficultés malgré la tempête, comme si cette dernière n'avait jamais existé. Le vent hurlait, agonisait et perçait chaque ouverture. La silhouette, qui appartenait à une jeune fille, continuait sa route, se fichant de la colère de Mère Nature. La demoiselle était dissimulée dans une cape noire affublée d'une capuche qui couvrait sa chevelure et presque l'entièreté de son visage, seules ses courbes trahissaient son sexe.

En un jour banal, un jour de soleil, un jour de printemps, elle serait en train de courir dans les parcs en riant avec toute l'innocence d'une fille de son âge, d'une adolescente. Ses cheveux roux seraient attachés en deux couettes par un élastique violet, parfaitement assorti avec sa robe et ses ballerines. Ses grands yeux turquoise pétilleraient de joie et de bonne humeur et énormément de garçons se transformeraient en prétendants devant tant de grâce.

Mais en cette journée d'automne, pas question de joie. Elle devait rester la plus apathique possible car, dans moins d'un quart d'heure, elle allait tuer une innocente et un pêcheur.

Il ne se doutait guère de sa visite. Il se prélassait devant l'âtre, ignorant les problèmes d'autrui, seul avec son égoïsme et son ventre bien rond après un repas copieux. Sa domestique, âgée d'une trentaine d'années, avait perdu ses parents la veille mais ne pouvait pas prendre ne serais-ce qu'un jour de congé : elle avait besoin d'argent pour que sa vie ne soit pas celle d'une pauvresse ou pire, d'une sans-abri.

L'égoïste maître de maison s'était approprié l'héritage destiné à sa domestique en prétextant qu'elle avait des dettes envers lui. Rien n'était plus faux. Étant avare et terriblement sexiste, il avait refusé de se marier afin de fonder une famille et des héritiers. Hors de question de gaspiller son précieux magot pour des couches-culottes.
Plongé dans ses réflexions, il s'endormit.

Deux coups retentirent dans l'imposante bâtisse. Au bout de deux minutes dans le froid, la demoiselle frappa avec plus de forces.
La domestique ouvrit, et ce fut la dernière chose qu'elle fit de son vivant : la mystérieuse adolescente venait de lui planter avec la plus grande des précisions un poignard dans le cœur. Traînant la femme dont le destin était de rejoindre ses parents, elle la jeta dans le feu de cheminée et se tourna vers l'abominable maître de maison endormi sur le fauteuil.

Ce dernier, sentant une présence étrangère, se réveilla en sursaut. Il remarqua que le feu était plus dense, plus grand mais étrangement peu convivial. Il remarqua également une silhouette de la taille d'une adolescente tournée vers lui. Il remarqua, trop tard, le poignard ensanglanté planté dans son cœur. Il comprit que vivre tant d'années dans le déni n'avait rien changé : elle l'avait, par le passé, averti de sa vengeance.

La dernière image que ses yeux purent enregistrer fut le visage d'une fille, étrangement similaire au sien.

Les derniers mots qu'il put entendre furent « Adieu, père. ».

© Élodie ,
книга «Un regard de détresse - Recueil de nouvelles».
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